El amante de la mano izquierda d’Enrique Parma par Antonio Cuesta

El amante de la mano izquierda, Enrique Parma, Vestales, 2023 [Inédit en français]

Nous avons trop souvent tendance à étiqueter les romans dans des genres qui à défaut de clarifier le sens de leur histoire, permettent de les placer sur les étagères d’une bibliothèque. Selon l’écrivain argentin Juan José Saer, les genres remplissent le même rôle que l’emballage d’une marque de café, dont le but est de permettre au client d’identifier le produit qu’il recherche.

El amante de la mano izquierda d’Enrique Parma en est un bon exemple. Nombre de ses lecteurs n’hésiteraient pas à le classer dans la catégorie des romans historiques, puisqu’il relate les événements sinistres d’une époque révolue, un conflit guerrier qui ébranle deux des protagonistes dans une société idéologiquement divisée. Mais il pourrait tout aussi bien être qualifié de roman de voyage, si l’on considère la douzaine de villes, de part et d’autre de l’Atlantique, que le narrateur parcourt à la recherche d’un portrait, ou d’un soupçon de portrait, qui confirmerait la relation amoureuse entre le peintre Cándido López et Adriana Wilson. Une enquête menée un siècle après la fin de cette relation et qui, en suivant des indices et en reliant des souvenirs de famille, nous fait errer dans des musées, des églises, des magasins d’antiquités, des chapelles rurales et les demeures des descendants du couple hypothétique. Et pourtant, on ne saurait parler, non plus, d’un roman policier.

En réalité, les seules étiquettes dignes d’être prises en compte lorsqu’on parle de narration, sont celles de bonne, moyenne ou mauvaise littérature. À la question : « De quoi parle votre roman ? », Rafael Chirbes avait répondu : « Lisez-le ». Dans notre cas, la réponse devrait être : « El amante de la mano izquierda est un roman magnifique ». Enrique Parma, en effet, a réussi à créer une histoire tout à fait plausible, soutenue par une structure équilibrée, une narration rythmée et des descriptions évocatrices.

Le roman raconte l’amour malheureux entre Cándido et Adriana, soumis à des circonstances familiales, des conventions sociales et des situations politiques qui finissent par rendre la relation impossible. Des illusions et des découragements qui nous parviennent, comme des voix oubliées, d’un narrateur évoquant ses souvenirs d’enfance, le tout entrecoupé de descriptions fascinantes d’espaces urbains disparus et de toiles éparpillées sur deux continents différents. Si, comme en prévient le dramaturge Juan Mayorga, on ne connaît jamais le passé qui nous attend, notre narrateur se lance dans une quête inconnue d’une histoire personnelle et familiale dont le rythme tranquille ne faiblit jamais. Et il nous régale de merveilleuses réminiscences proustiennes, comme ce passage où la vue du train qui l’emmène à Milan le ramène à la méthode qu’il utilisait il y a des décennies pour cueillir des figues dans le patio de ses tantes à Buenos Aires.

La fiction réussit dans la mesure où elle parvient à nous faire découvrir, dans notre propre expérience, le passé des autres. El amante de la mano izquierda en est une magnifique illustration.

Antonio Cuesta

Traduction L’autre Amérique