Ni partir ni rester de Julián Fuks par Daniel Vitto Papa

Ni partir ni rester, Julián Fuks, traduit du portugais (Brésil) par Marine Duval, Grasset, 2018, 216 p. [A Resistência, Companhia das Letras, 2015]

Parfois, le meilleur remède aux blessures de la vie est de rouvrir ces plaies béantes et de les revivre par l’écriture. Et ce quelle que soit leur profondeur, qu’il s’agisse d’une période aussi sombre que l’exil forcé de ses parents, de la relation manquée avec son frère ou de son adoption durant la dernière dictature argentine. C’est dans l’exploration de cette jungle de sentiments que le lecteur de Ni partir ni rester se lance, mais l’aventure en vaut la peine !

Julián Fuks nous livre ici un récit autobiographique poignant où est racontée l’histoire complexe de sa famille, axée autour de son lien avec son grand frère adopté dont il ne sait finalement pas grand-chose et dont la relation avec ses proches devient de plus en plus distante.  Cette quête de sens s’effectue à travers une recherche dans les tréfonds de sa mémoire, ainsi que par l’exploration de la psychologie atypique d’une famille d’exilés politiques à une époque où la violence politique règne et affecte directement la vie des gens. On pensera notamment au voyage de l’auteur à Buenos Aires à la rencontre des Grands-Mères de la place de Mai.

Véritable témoignage à cœur ouvert, ce livre est pourtant bien plus qu’une simple autobiographie car il peint au lecteur un tableau de la situation politique et sociale de l’Amérique latine des années suivant la grande vague des dictatures, de manière très concrète et incarnée dans l’histoire familiale de l’auteur. À cette histoire très personnelle de l’auteur se marie la grande Histoire du siècle latino-américain dans une alchimie qui, nous n’en doutons pas, saura tenir le lecteur en haleine.

Daniel Vitto Papa