L’auto de Carlos Rehermann par Camille Dupont

Carlos Rehermann, L’Auto, traduit de l’espagnol (Argentine) par Antoine Barral, Éditions L’Atinoir, 2019, 108 p., 14 € 

Peu après la mort de son oncle, Alejo Murillo, le personnage principal, doit se rendre tout au Nord de l’Uruguay, dans une ville frontalière avec le Brésil, pour récupérer son héritage. La répartition des biens semble injuste et aléatoire mais quelques milliers de dollars et une Coccinelle Volkswagen lui reviennent.

Alejo entreprend le retour à Montevideo en Coccinelle. Les distances jusqu’à la capitale sont toujours soigneusement renseignées au cours de la narration, à mesure qu’il progresse sur son itinéraire. Une journée de voyage devrait être théoriquement plus que suffisante, même en faisant un crochet par le village de Tranqueras, berceau de sa famille. Mais le climat se fait capricieux, les infrastructures routières ne s’avèrent pas toujours sûres et les essuie-glaces de la Coccinelle défaillent. Alejo doit faire de nombreux arrêts pour ne pas prendre de risques. Le temps et l’espace se dilatent alors dans cet intérieur uruguayen, rural, mystérieux et périphérique, ponctué de villages fantômes, stations-services et hôtels étranges. Le cadre est idéal pour des rencontres hasardeuses ou des digressions sur le cinéma, l’art, la société, … jusqu’à ce qu’Alejo se laisse embarquer dans une assemblée nocturne folklorique et déjantée où se mêlent magie et fantasmes érotiques. 

L’Auto est un road trip original, introspectif et inattendu, où la frontière entre le réel et le fantastique est en permanence très ténue. Ce court roman marqué par un héritage latino-américain de réalisme magique étonne autant qu’il envoûte. 

Camille Dupont