Los días y los muertos de Giovanni Rodríguez par Antoine Barral

Giovanni Rodríguez, Los días y los muertos, Mimalapalabra, Honduras, 2016 [Inédit en français]

Les jours et les morts, c’est déjà un titre qui donne le ton : du noir très noir, dans le contexte de l’Amérique Centrale du début du XXIème siècle, en proie aux violences des cartels de la drogue, aux migrations des miséreux, à la délinquance, aux trafics et à la corruption jusqu’aux plus hauts niveaux des États, à l’impunité généralisée et à l’emprise des sectes évangéliques, entre autres calamités. 

López est un journaliste de San Pedro Sula, une des principales villes du Honduras, solitaire, divorcé, blasé, qui travaille au service des faits divers, ce qui le confronte quotidiennement à la mort violente, et au travail assez peu efficace de la police. Il entretient une relation épisodique avec une prostituée qui lui écrit régulièrement des SMS. Lassé de ce métier, épris de littérature, il hésite pourtant à quitter son poste et les maigres avantages que lui confère son ancienneté dans le journal. Le texte est entrecoupé de notes journalistiques sur deux colonnes, corrections apparentes, comme si on lisait par-dessus l’épaule du journaliste sur son écran.

Un jour pourtant, c’est un meurtre atypique qui va retenir son attention : un jeune étudiant, un intellectuel avec des prétentions littéraires, a tué d’un coup de poignard un de ses meilleurs amis, car sa compagne l’avait quitté pour ce dernier.

Guillermo Rodríguez Estrada, le meurtrier, s’étant laissé arrêter sans résistance, López va l’interviewer en prison, mais l’affaire tourne court quand au bout de quelques mois il est remis en liberté pour vice de forme. Deux ans plus tard Estrada commence à se faire connaître comme écrivain en publiant son « autobiographie criminelle », livre dans lequel il relate les circonstances qui l’ont amené à tuer son ami. Mais au lendemain d’une présentation publique du livre à laquelle assiste le journaliste, le jeune auteur est retrouvé pendu, et l’affaire, classée comme un suicide.

Le lecteur commence alors à se demander si le crime passionnel ne cachait pas autre chose, et comment son auteur a pu si facilement échapper au procès.

Les choses se compliquent pour López quand il a la mauvaise idée d’écrire dans un article ses doutes sur la mort d’une prostituée inconnue dont le corps est retrouvé dans un hôtel. Les jours passent, l’étau se resserre, des cadavres aux têtes coupées sont retrouvés dans les rues, López démissionne du journal et vit dans la terreur. 

Au-delà du récit policier, ce livre fait aussi place à des réflexions sur l’écriture et à quelques références à des auteurs chers à Giovanni Rodríguez, qui sont plusieurs fois cités, comme Vargas- pas de tiret Llosa, Ernesto Sábato, Roberto Bolaño, Truman Capote…

On a rarement l’occasion de lire un roman aussi noir (et assez angoissant), signé par un auteur qui vit au quotidien dans la société en décomposition qu’il décrit. C’est une des forces de ce livre qui a obtenu le Prix Roberto Castillo du roman d’Amérique Centrale et des Caraïbes.

Antoine Barral 


Giovanni Rodriguez est né à San Luis dans l’ouest du Honduras en 1980. Il vit à San Pedro Sula, seconde ville du pays. Il est aujourd’hui professeur de littérature à l’Université Nationale Autonome du Honduras. En tant qu’auteur il est très engagé dans la dénonciation du conservatisme et de la corruption dans ce pays. En 2005 et 2007 il publie deux recueils de poésie, il est primé en 2005 au Guatemala et en 2008 en Espagne. En 2009, sort son premier roman Ficción hereje para lectores castos réédité plusieurs fois jusqu’en 2017. En 2012 il publie l’essai Café & Literatura, en 2016 le roman Los días y los muertos et en 2017 un autre roman, Tercera persona. En 2015, il a reçu le « Premio Centroamericano y del Caribe de Novela “Roberto Castillo” ». Giovanni Rodriguez participe aussi à l’activité d’un réseau de petites maisons d’éditions locales dans plusieurs petits pays d’Amérique Centrale.