Un regalo de Papá Noel de Roberto Montaña par Ma. Marta Ochoa

Version en espagnol

Roberto Montaña, Un regalo de Papá Noel, Editorial Desde la gente, Buenos Aires, 2020 [Inédit en français]

« Sans les envahisseurs de fin de semaine, La Sirena revenait à ce que cet endroit a toujours été et sera : un loisir fait d’une angoisse pléthorique et débordante. » C’est ainsi que Walter, le héros de « El wáter de los sueños perdidos » , décrit le bar où se déroule cette nouvelle. Le livre est composé de six histoires et dans chacune, la détresse, le manque d’appartenance, l’abandon et la perte parcourent, telle une rivière souterraine, la vie des protagonistes et des personnages secondaires. Il y règne une atmosphère qui rappelle la noirceur de El astillero d’Onetti, les personnages résignés et l’ambiance indolente d’Arlt.

Mais cet air d’amertume circule en même temps que l’humour incontournable. Par moments, nous avons presque envie d’éclater de rire, comme avec Don Quichotte, Ignatius Reilly de J.K. Tool, Inodoro Pereyra de Roberto Fontanarrosa ou dans quelques épisodes du film Amarcord de Federico Fellini. Dans les histoires de Roberto Montaña, écrites dans un registre alerte et familier, les personnages mènent une quête, parfois planifiée et d’autres fois, calibrée par le destin. Pourtant cela mène toujours à un point, à un moment qui ressemble généralement au hasard, où ces personnages se réconcilient d’une certaine manière avec la souffrance. 

Comme dans les nouvelles et presque tous les romans de Vicente Battista, dans les six histoires de Roberto Montaña, rien n’est superflu. Tout ce qui se passe a une raison d’être. Même le hasard correspond à la logique interne de la nouvelle. Tout est relié. Un regalo de Papá Noel nous montre un auteur à la plume de conteur et à l’âme  de romancier. 

Les six histoires sont comme de courtes nouvelles ou des mini-romans, comme Historias mínimas de Carlos Sorín parce qu’elles ont l’esprit de ce film. 

Dans ces récits, Roberto Montaña veille à ce que le lecteur se familiarise et s’identifie même à ce qui lui est complètement étranger, où qu’il habite, quel que soit son âge, sa vie sexuelle, sociale ou culturelle.  

L’auteur raccourcit les distances et lisse les différences. C’est ainsi que le lecteur se sent à l’aise pour s’identifier à un homme qui reçoit des messages intergalactiques, à une jeune fille qui s’est installée à l’Uritorco grâce à un rendez-vous sur Tinder, à un électricien qui décide de faire des études de philosophie, à un homme déguisé en Donald Duck, à une vieille dame en chemise de nuit de flanelle et veste de sport ou encore à un Père Noël faux et égoïste. 

María Marta Ochoa

Traduction L’autre Amérique


L’invité du jour : Roberto Montaña (juin 2021)

L’écrivain uruguayen Roberto Montaña a accepté notre invitation pour nous parler de son roman Rien à perdre (Métailié, 2021) paru très récemment.